Sorti en 1990, le film (drame) Tilaï réalisé par le cinéaste burkinabè Idrissa Ouedraogo, est un long métrage fictif osé dans une société où la tradition, les mœurs et les coutumes sont des valeurs ancestrales sacrées. Dans ce contexte, en cas de parjure, la sentence suprême peut être le seul châtiment.
Grand Prix Étalon de Yennenga au FESPACO 1991, Tilaï est l’histoire de Saga, jouée par le célébrissime Rasmané Ouedraogo, aujourd’hui connu sous le sobriquet de Ladji. Dans le film, il a des relations intimes avec Nogma, la jeune et belle 2ème femme de son père, autrefois sa fiancée dans le village. Un acte incestueux, qui lui vaut une condamnation à mort selon la coutume locale. Avec des scènes marquées par des gestuels adaptés au récit, Saga, le rebelle, l’amoureux, le provocateur donne du rythme au film par sa joie de vivre, sa frustration et même ses actions de guerrier solitaire et isolé à faire face à sa situation, dont lui seul croit à une issue heureuse. Malgré le deal avec son frère Kougri, Saga n’échappe pas à son sort dicté par la tradition.
Le film soulève la question des traditions et de leurs transgressions dans un contexte africain spécifique donnant une place importante aux liens familiaux. Le frère de Saga, qui évite sa mort est la manifestation de ce rapport fraternel.
Le réalisateur a su traiter un sujet qui choque, qui interroge les tensions, les dynamiques sociales et la place du bon sens dans une société africaine fortement culturelle. Le film touche aussi, des thématiques difficiles et controversées, tels que la confrontation entre la tradition et les sentiments individuels, la violence verbale, psychologique et même physique liée au respect de l’honneur, la polygamie, l’adultère, les mœurs.
Dans son récit authentique, le film met en lumière la culture (langue, tenue, habitats, tresses, cheveux, organisation villageoise, etc.) en montrant l’universalité des émotions humaines, la beauté du paysage, des femmes et des hommes dans un village qui lutte contre les “impuretés sociales”. Les plans en profondeur et leurs variations, les scènes de nuit dans les cases, les mots codés, le bruitage participent aux moments de suspense, ressortent l’esthétique du film et la technicité artistique du réalisateur dans un récit à la fois triste, ironique et captivant.
Le réalisateur fait participer le téléspectateur au récit en l’amenant à imaginer, à déduire et réfléchir sur une certaine représentation de l’amour dans le film, la mort, la pendaison, etc.
Mais, pour avoir bonne conscience sur son acte réprimandable, Saga compte sur la force de la nature humaine face à l’adversité. Cependant, force reste à la coutume dans ce village et on ne peut vivre en dehors de sa culture.
Youssoufa Halidou Harouna





Une réponse
Je suis toujours emrrveillé par tes articles. Bravo ça donne envier d’écrire tous les jours.