Heritage Africa (1988) est une suite de l’histoire coloniale britannique dans un Ghana déshérité de son patrimoine culturel et éducatif juste après son indépendance. Cette fiction du Ghanéen Kwaw Ansah primée du Grand Prix Étalon de Yennenga au FESPACO 1989, met en lumière la réussite “sociale” de Kwesi Atta Bosomefi de naissance, qui se rebaptise Quincy Arthur Bosomfield pour rompre avec sa culture et magnifier l’éducation scolaire et religieuse du colon. Ce qui lui a valu, le poste de Commissaire Régional, un rôle magistralement joué dans ce film.
Le promu s’illustre par son intransigeance et son zèle à faire respecter les règles de gestion établies par le colon. Il n’épargne ni son enfant puni pour avoir traîné avec ses camarades lors d’une festivité traditionnelle, violente, emprisonne et tue ses semblables qui luttent pour une souveraineté entière. Il accepte le service de l’éducation scolaire hérité du colon pour son fils, répudie la mère de ses enfants et idolâtre le portrait de sa majesté le Roi d’Angleterre dans un jeu de rôle ironique, mais symbolique de l’ancrage de l’éducation coloniale.
Heritage Africa est un film comico-tragique, dans le contexte néocolonial et qui rappelle le traitement réservé aux tirailleurs Africains démobilisés dans le film “Camp de Thiaroroye” (1988), les promesses miroitées aux combattants africains dans le film “Tirailleurs (2022) et surtout ce extrait de la conférence de 1984 à Niamey de Cheikh Anta Diop : “Souvent, le colonisé ressemble un peu, ou l’ex-colonisé-même, ressemble un peu à cet esclave du 19ème siècle, qui, libéré, va jusqu’au pas de la porte et puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus où aller. Il ne sait plus où aller… Depuis le temps qu’il a perdu la liberté, depuis le temps qu’il a acquis des réflexes de subordinations, depuis le temps qu’il a appris à penser à travers son maître (…) “
Le film Heritage Africa donne à voir un système colonial bien rodé qui utilise des subterfuges pour se maintenir face à la désolation des enfants, des femmes et des hommes du terroir. Anéantir toute critique ou représentation même du système colonial considérée comme un crime de lèse-majesté sanctionnée durement. La scène avec le Maître de l’école qui avait permis la mise en scène par ses élèves d’une représentation théâtrale critique du système colonial est Illustrative.
Le décor où les tenues reflètent bien le contexte des premiers jours de l’indépendance à travers la catégorisation des classes sociales, de l’administration coloniale, des institutions coloniales (hôpital, école, lieux de loisirs, les employés, etc.). La situation vécue renforce les frustrations encaissées par les autochtones et la rébellion patriotique.
Tel que présenté dans le film, le dispositif du système colonial ne laisse aucune chance de réussite au peuple souverain, mais le salut pour les serviteurs. Les thématiques abordées dans Heritage Africa sont encore d’actualité avec des pratiques qui même de nos jours sont perçues en Afrique, plus de 60 ans après les indépendances : le mépris et la condescendance des défenseurs du système impérialiste dans toutes ses formes. La fin tragique de Arthur “le Roi” tombé en disgrâce peut être perçue comme le sort réservé aux traîtres d’une nation lâchés par le système colonial.
Youssoufa Halidou Harouna




