Documentaire “La Inna du Gobir”: immersion dans un monde où les femmes détiennent… les pouvoirs !

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur google
Google+
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Le documentaire « La Inna du Gobir » du réalisateur  nigérien Ado Abdou  figure sur la liste des 64 films retenus cette année, pour la 36ème édition du Festival international de cinéma vues d’Afrique, qui a eu lieu à Montréal au Canada du 17 au 26 avril. Le film sorti en 2019 était en compétition dans la catégorie « documentaire moyen et court métrage ». Lors de ce festival que TV5 a permis au public de suivre en mettant en ligne l’événement dans le contexte de confinement dû au Covid-19, le film ” La Inna du Gobir” a suscité beaucoup d’intérêt auprès des festivaliers et a mérité le Prix du Public. Sans doute une bonne appréciation pour ce court métrage de 29 mn qui prend le contre pied d’une idée largement répandue, celle de la femme soumise, écartée des rouages du pouvoir et de ses décisions.

Séquence du documentaire "La Inna du Gobir"
Séquence du documentaire “La Inna du Gobir”

Fiction anthropologique ? Film documentaire ? C’est en tout cas une combinaison de genres cinématographiques savamment dosés qui sert de support au film “La Inna du Gobir », réalisé par le nigérien Ado Abdou. Un film sorti à point nommé, quelques jours  après l’intronisation en grande pompe de la nouvelle « Inna du Gobir », la princesse Habsou Oumarou. C’était le 14 Aout 2019 à Tibiri, chef lieu du Sultanat du Gobir dans la région de Maradi au Niger.

 Ce film documentaire a une particularité saisissante : outre sa qualité technique appréciable, il est à ce jour, l’un des rares qui ne présente pas la femme dans une posture victimaire, mais plutôt dans une position de leadership et de responsabilité au sein de sa communauté.

« La Inna du Gobir » fait découvrir en effet une réelle « success story féminine » dans un royaume haoussa du Niger, plus connu aujourd’hui sous le nom de « Sultanat du Gobir ». Dans un monde dominé par les patriarcats judéo-chrétien et musulman, la survivance de cette tradition, montre parfaitement que tout n’était pas si précaire pour la femme dans les sociétés africaines, contrairement aux clichés dégradants et déshumanisants (viol, esclavage sexuel, héritage, enlèvement, torture) qui caractérisent son statut d’aujourd’hui.

Un hymne à la gloire de la femme

Deuxième personnalité du royaume, « la Inna » est dans le Gobir un personnage adulé et respecté, pas seulement à cause de son sang royal, mais beaucoup plus, parce qu’elle détiendrait les pouvoirs les plus redoutables du royaume : les pouvoirs occultes ! Dans la société Gobir préislamique, son pouvoir était encore plus prégnant, en ce qu’elle incarnait le rôle de la « prêtresse en chef » et patronnait quasiment toutes les cérémonies liées au culte des génies et autres « invisibles », indispensables pour toute campagne agricole et militaire. Elle avait également autorité sur toutes les questions féminines et infantiles et de fait, incarnait à elle seule ce qui pourrait être l’ancêtre du « ministère de la femme et de la protection de l’enfance » d’aujourd’hui. Toutes les chroniques rapportent par ailleurs que son « palais » (parce qu’elle en avait un aussi) abritait également « l’orphelinat du royaume ».

La princesse Inna du Gobir au deuxième plan à droite
La princesse Inna du Gobir au deuxième plan à droite

C’est ce rôle central joué par des femmes, au passé et au présent, que tente de retracer la caméra amusée du réalisateur et producteur Ado Abdou, lui-même enfant de ce mythique Gobir où la femme ne souffrait d’aucune discrimination. On y trouve des témoignages forts comme celui de Sa Majesté Balla Marafa, le Sultan actuel du Gobir, des plans de coupe absolument fabuleux sur des cérémonies inédites de « budin daji » (divinations sur les saisons), des processions colorées des « yan karmana » (prêtres et prêtresses), le tout agrémenté de musiques traditionnelles chaloupées des palais et des rythmes du « bori ». Une synthèse parfaite de ce que représente le mythique personnage dans le subconscient des gobirawa.

Le pari est gagné pour l’auteur de cette œuvre cinématographique iconoclaste dans le décor culturel nigérien. Un court-métrage plaisant à regarder et facile à comprendre à travers les commentaires concis de Rahila Omar et de Joceline Amousso, tout aussi impériales !

Pour la symbolique, ce film est un véritable hymne à la gloire de la femme en général, à travers un témoignage vivant des reliques d’un passé prestigieux. Une petite bouffée d’oxygène pour les femmes du monde entier qui constatent partout leurs droits et leurs conditions de vie régresser.

« Le Gobir a compris très tôt qu’on ne peut pas se développer sans la femme », dixit Sa Majesté Balla Marafa. Sans commentaire !

El Kaougé Mahamane Lawaly

D'autres articles

ANACIMM : pour un nouveau tempo

Préparés depuis plusieurs mois, les travaux l’Assemblée Générale de l’Association Nationale des Auteurs Compositeurs et Interprètes de la Musique Moderne (ANACIMM) ont

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
7 × 12 =


Entrez en contact avec nous!