Dr Sounaye Abdoulaye : “Nous avons voulu appliquer une méthode de science sociale pour essayer de dire ce qu’est l’islam et le musulman en Afrique de l’Ouest à travers l’histoire, mais aussi aujourd’hui”

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Dr Sounaye Abdoulaye
Dr Sounaye Abdoulaye

Sounaye Abdoulaye est Enseignant Chercheur nigérien. Ses réflexions portent sur les transformations et les redéfinissions des univers épistémiques, idéologiques, et culturels des sociétés musulmanes africaines. Préoccupé dans ses recherches par les questions qui tournent autour du tryptique Islam, Etat et Société, il est auteur de  “Religion et modernité : contribution à l’analyse de la réislamisation au Niger”, (Harmattan, 2016). Les attaches institutionnelles de Sounaye Abdoulaye sont entre autres le  département de philosophie de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, le Lasdel, le Leibniz Zentrum Moderner Orient de Berlin, l’Arizona State University, Northwestern University aux USA.   

Dans cette première partie de l’entretien qui porte sur le colloque organisé par le Lasdel de Niamey et le Leibniz Zentrum Moderner Orient de Berlin, Dr Sounaye Abdoulaye relève des nuances concernant des termes qui reviennent fréquemment dans les débats que suscite l’actualité liée à l’activisme islamique et la sécurité.  Il explique aussi les raisons qui ont présidé au choix du thème « La Modernité de l’Islam en Afrique de l’Ouest, Pratiques, Influences, et Trajectoires », pour le colloque qui s’est tenu à Niamey à la fin de l’année 2019.

MediaCulture.info : La situation d’insécurité que vit la région du Sahel nourrit toutes sortes de débats et on parle d’islamisme, de djihadisme, terrorisme, radicalisation. Est-il justifié d’un point de vue sémantique d’utiliser indistinctement ces concepts pour caractériser l’essor d’un  activisme islamique dans la région ?

Dr Sounaye Abdoulaye : Tout d’abord, merci pour l’occasion que vous me donnez de parler de notre colloque. Cela a été un grand succès grâce à la collaboration entre le Lasdel de Niamey et le Leibniz Zentrum Moderner Orient de Berlin. Je profite également de l’occasion pour remercier la Fondation Volkswagen qui a financé cette rencontre. Évidemment, comme beaucoup de communications l’ont souligné, il serait vain de vouloir dresser un portrait de notre sous-région aujourd’hui sans parler de l’actualité sécuritaire au cœur de laquelle on retrouve toutes sortes d’appropriation et de qualification de l’islam. On est au cœur de la modernité de notre région, non seulement d’un point de vue culturel, mais surtout d’un point de vue socioéconomique, politique et religieux. Une des idées fondatrices de cette rencontre, c’est qu’on peut aussi analyser et comprendre la modernité à travers les crises, contestations et confrontations qu’elle engendre. L’insécurité de ce point de vue n’est rien d’autre que la résultante d’un conflit de normes et de visions. Et vous faites bien de commencer cet entretien en posant la question de la nuance qu’il y a entre ces différents termes. C’est important d’en parler parce que, comme vous le remarquez, on ne peut parler de l’islam et des musulmans aujourd’hui sans aborder ce quadruplet, islamisme, terrorisme, djihadisme, radicalisation et bien d’autres termes encore. Et souvent, on passe de l’un à l’autre sans aucune précaution ni transition. Il faut dire qu’il y a un environnement politique et médiatique qui encourage et facilite aussi cela. Il y a aussi des associations rapides de phénomènes sociaux qui favorisent cela du simple fait de certaines peurs et ignorances. Comme on le dit, l’islam est devenu un producteur de sensations. Dans beaucoup de régions du monde, il est devenu à travers les habits qu’il prend le meilleur refuge de la contestation politique, du malaise social et des insécurités collectives ou individuelles. Et je crois que la plupart du temps, c’est vraiment de façon négative qu’on parle de ces concepts et référents que vous évoquez. Pour nous chercheurs, il est important de rappeler aussi qu’il y a des islamismes qui ne sont ni violents ni terroristes. Qu’est ce qui les distingue les uns des autres? Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ? Quels sont les facteurs qui ont conduit à ces évolutions ?

Livre de Sounaye Abdoulaye
Essai de Dr Sounaye Abdoulaye paru en novembre 2016

MediaCulture.info : Qu’est ce qui justifie le choix du thème « la Modernité de l’Islam en Afrique de l’Ouest Pratiques, Influences, et Trajectoires »  pour le  colloque de Niamey ?

 Dr Sounaye Abdoulaye : Notre colloque a jugé utile de mettre l’accent sur les trajectoires, les pratiques et les influences de l’islam. Quelles ont été les trajectoires de l’islam et des sociétés musulmanes en Afrique de l’ouest ? Quelles sont les pratiques contemporaines qui caractérisent le fait d’être musulman ? Et quelles sont les influences que ces pratiques et ces trajectoires connaissent ? Par exemple, nous constatons qu’il y a de l’insécurité qui vient du terrorisme djihadiste et nous essayons d’en comprendre l’histoire et les implications, mais surtout les origines qui peuvent ne pas être seulement religieuses.

C’est un exercice d’histoire et d’anthropologie que nous avons voulu faire. Nous avons voulu appliquer une méthode de science sociale pour essayer de dire ce qu’est l’islam et le musulman en Afrique de l’Ouest à travers l’histoire, mais aussi aujourd’hui. Je suis long dans ma réponse, mais c’est simplement pour expliquer ce que nous avons à l’esprit et les enjeux de cette rencontre qui, comme vous l’avez aussi perçu, est de réfléchir sur les concepts et catégories scientifiques que nous utilisons pour désigner les phénomènes. Nous disons qu’il faut faire attention lorsque nous utilisons ces concepts. Le plus important en fait, c’est moins le label qu’on colle à ces phénomènes que la façon dont on les comprend et explique. Qu’est-ce qu’on y découvre ? Quelle compréhension de la société en ressort ? Évidemment, et comme je l’ai dit, il y a des usages de ces concepts qui sont plutôt populaires qui ne se posent pas les questions que je me pose en tant que chercheur. Par exemple, Il y a une quinzaine d’années, le mot phare du discours populaire c’était moins l’islamisme, le djihadisme, le terrorisme ou la radicalisation, mais plutôt l’intégrisme. Non ? Qu’on en arrive à presque oublier ce terme et en inventer de nouveaux, c’est cela qui est intéressant pour notre exercice. Mais il faut aussi dire dans l’espace de la région qui nous intéresse, l’islam a servi de justificatif à des appropriations qui se veulent ou qu’on a appelées islamistes, djihadistes, terroristes. Ces appropriations ont souvent été perçues et vécues comme des formes ou des résultats de processus de radicalisation de l’islam. L’exemple type qu’on évoque aujourd’hui c’est Boko Haram. Cela, je crois, on ne peut le contester. (À suivre)

MediaCulture.info

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