Aaron ZEGOUBE PADACKE, réalisateur tchadien : « au Tchad, comme dans beaucoup de pays en Afrique, nos propres histoires sont racontées le plus souvent par des étrangers, à leur façon…»

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur google
Google+
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Formé dans le domaine de l’audiovisuel et du cinéma à Alger, Aaron ZEGOUBE PADACKE est actuellement Chef de service de production à la télévision nationale du Tchad. Son dernier documentaire est le long métrage “Sur les traces de Toumaï, Michel Brunet au nom de l’humanité” sorti fin 2019. Aaron ZEGOUBE PADACKE a réalisé auparavant le documentaire  “Korbol, Terre des hommes glorieux”, et un autre intitulé “Mahamat Saleh Haroun,  espoir du cinéma africain”, un portrait du célèbre cinéaste tchadien. Aaron ZEGOUBE PADACKE a assisté aussi Jean Roke PATOUDEM dans la réalisation de la série Aissa tournée au Cameroun et  une autre intitulée Amina dont le tournage a eu lieu  à N’djamena. Mais dit-il un documentaire lui tient beaucoup à cœur maintenant : «Edouard SAILLY,  le photographe des présidents”, film produit aussi par PATOUDEM qui sera certainement projeté bientôt dès que la commission de  censure, donnera son quitus.

Dans cet entretien, le jeune réalisateur tchadien âgé aujourd’hui de 35 ans parle de son dernier film, de la question du financement du cinéma en  Afrique subsaharienne. Il évoque également le devoir de reconnaissance envers les ainés et annonce son prochain film, cette fois ci, une  fiction intitulée Saboura.

Le réalisateur Aaron ZEGOUBE PADACKE

MediaCulture.info : Qu’est ce qui explique le temps relativement long que vous avez pris avant la réalisation de votre documentaire sorti en 2019 soit 18 ans après la découverte de Toumaï ce crâne humain vieux de 7 millions d’années objet du film?          

Aaron ZEGOUBE PADACKE : Justement ; nous avons terminé la réalisation du film “Sur les traces de Toumaï, Michel Brunet au nom de l’humanité” exactement  en Octobre 2019.  Et TV5 Monde a eu l’exclusivité de diffusion en Avril 2020. J’ai pris d’abord le temps de bien comprendre cette histoire. Au Tchad comme dans beaucoup des pays en Afrique,  nos propres histoires sont racontées le plus souvent par des étrangers qui viennent s’accaparer des informations et repartent les narrer à leur façon. Comme si l’Afrique n’était pas capable de dire les choses, elle-même. Mais dans le cadre de ce projet,  le professeur Brunet n’a pas fait comme les autres. C’est ce qui m’a donné l’opportunité de raconter cette aventure de 25 ans. Pour moi l’essentiel est que l’histoire soit désormais connue…

MediaCulture.info : Quand on sait que la plupart des cinéastes africains se plaignent de manque de financement, comment avez-vous réussi à réaliser ce documentaire qui a nécessité certainement beaucoup d’efforts et de moyens, vu le nombre de ses personnages et qui sont dans des endroits différents ? Ou bien il s’agit d’un film de commande ?

“Étant un cinéaste africain, si tu n’apprends pas à faire un film avec un million de francs CFA, ce n’est pas avec un milliard que tu en feras”

Aaron ZEGOUBE PADACKE : C’est un documentaire de création ; c’est mon initiative.  C’est vrai, il est difficile de trouver de l’argent pour faire un film dans la région subsaharienne. Je pense que c’est surtout par ce que nos pays n’ont pas les mêmes urgences. Mais je crois qu’il faut toujours chercher à convaincre. Moi, Dieu merci je m’en sors bien très souvent. Et là,  nos qualités diverses jouent beaucoup. Étant un cinéaste africain,  si tu n’apprends pas à faire un film avec un million de francs CFA, ce n’est pas avec un  milliard que tu en feras.  Il faut faire comme les américains, chez eux le cinéma c’est vraiment un business. Je crois que c’est ce côté américain là qu’il faut adopter. Être capable de vendre sa voiture pour finir un film. C’est ça en fait. C’est le lieu pour moi ici de remercier tous ceux qui ont cru en ce projet et qui m’ont aidé.  Le gouvernement tchadien, la France,  TV5 Monde, la Télévision Tchadienne et quelques partenaires…Mais il y a aussi mon équipe entière, Tchadienne et française à laquelle je témoigne ma reconnaissance. Et je remercie également MediaCulture.info pour cette opportunité qu’il m’offre de pouvoir parler de mon film.

à lire aussi → https://mediaculture.info/documentaire-sur-les-traces-de-toumai-michel-brunet-au-nom-de-lhumanite/

MediaCulture.info : Comment ce film est-il accueilli au Tchad d’abord et dans le reste du monde puisque son objet concerne l’humanité ?  

Aaron ZEGOUBE PADACKE : Je vous assure que le film intéresse beaucoup le public. Il a été à la fête de la science, la projection a eu lieu à la salle qui porte le nom du grand cinéaste français Jean Renoir de Bordeaux ; à l’espace Mendes France de Poitiers. Le 26 Avril dernier il y a eu la 1ère diffusion sur TV5 Monde Afrique. Le 13 Juin il a été diffusé sur Télé Tchad. J’ai eu les félicitations des plus hautes autorités de l’État. Des fois les tchadiens pensent que c’est une réalisation extérieure, vu la qualité de travail. J’ai l’impression que finalement tout le monde revient à la maison au Tchad sur la tombe de Toumaï. Actuellement nous avons enregistré beaucoup des festivals du monde qui veulent accueillir le film pour leurs prochaines éditions.

Affiche du documentaire

MediaCulture.info : Avant ce film vous avez réalisé d’autres, dont un sur Mahamat Saleh Haroun, un cinéaste tchadien bien connu. Pourquoi un film sur lui ? 

Aaron ZEGOUBE PADACKE : Pour moi avant de poser des jalons,  je me suis dis : nous sommes la nouvelle vague parlant du cinéma au Tchad. C’est un devoir pour moi et une tradition d’abord de reconnaître ce que le pays a dans le domaine.  C’est pour quoi j’ai commencé par parler de Haroun avant de revenir sur le photographe des présidents tchadiens qui est en fait le premier cinéaste du Tchad qui a fait un premier film tchadien en 1966, Edouard SAILLY. La sortie du film «Edouard SAILLY,  le photographe des présidents” est attendue également bientôt. 

MediaCulture.info : Quels sont maintenant vos projets ?

Aaron ZEGOUBE PADACKE : Je suis sur le projet d’un film long métrage, une fiction intitulée  Saboura, disons sur l’émancipation ou l’autonomisation de la femme africaine en général. En résumé on peut retenir ceci concernant cette fiction : « Saboura, jeune orpheline de 19 ans, musicienne, traîne souvent dans les rues de Sabangali un quartier populaire de N’djamena avec son compagnon Mila, aussi musicien. Son oncle Paternel qui vit chez elle, dans sa maison d’héritage voit la relation entre sa nièce et Mila d’un mauvais œil. Il veut la donner en mariage à un banquier de la place pour récupérer la maison d’héritage de Saboura, seul souvenir de ses parents. L’affaire tourne au drame dans la famille… ».

Le projet de ce film est avancé. Les financements commencent à venir. Je voudrais filmer en 2021.

MediaCulture.info 

D'autres articles

Tafé Fanga ? Le Pouvoir du pagne ?

Commençons par la fin. Non par esprit de contradiction ostentatoire, mais par souci d’efficacité ! La représentation est terminée. Une séance d’échanges avec

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Entrez en contact avec nous!